Les demi, les half, les step, les sistas, les copines, celles de sang, celles de cœur…
Les rapports qu’ont les femmes entre elles. Les rivalités inconscientes, saines. Tout ce qui a pu, dans les rapports avec sa sœur, ses semblables, avoir conditionné ses rapports actuels avec les personnes de même sexe. Le rapport à l’autre sexe est souvent évoqué, le père, le rapport aux hommes, les liens éventuels et ces nœuds à décortiquer..
L’amitié, dans toute l’acception noble du terme semble culturellement relever de prédispositions masculines. Je ne vois pas énormément de références, mise à part quelques road movies d’amitiés féminines.
Qui finit tout de même dans un ravin pour « Thelma et Louise »…
D’ailleurs une chanson récente de Solann « Thelma et Louise », nous met illico dans l’ambiance.
« Et je vais tuer mon idole, prendre la fuite, L’effacer au vitriol, gloire aux folles Viser le drama, partir comme Louise et Thelma Fin de course, bout de route, On lache rien à part le frein Je prends ma vie dans ma valise Partir comme Thelma et Louise »
L’article Les Lais de Marie au risque de l’amitié d’Adélaïde Pilloux en décrit précisément les tenants et aboutissants. Dans l’Antiquité, Aristote réserve l’amitié aux seuls hommes libres. Cela sera à partir des années 1970, avec l’essai de Virginia Woolf,
A Room of One’s Own, en 1929, que la question de l’amitié féminine prend véritablement place dans les mondes féministes militants et universitaires. D’une « sororie » donnée à une « sororité » choisie.

Dont voici le texte original : « Les Lais de Marie de France ».
Dans Les correspondances de Martine et Corinne dans « Le goût de l’autre », les 2 femmes essaient d’en dresser un portrait aux contours plus définis.
La thèse « L’amitié et l’émancipation féminines dans l’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante Mémoire par Salomé Courtaux » décrit à travers cette amitié les liens qui la sous-tende : force de symbiose, altérité, désir d’indépendance, d’émancipation.
Dans « Le Coeur pensant : courtepointe de l’amitié entre femmes », Élaine Audet offre à travers cet essai un autre regard sur la place qu’elles occupent dans l’histoire et permet enfin d’envisager à quel point l’amitié entre femmes peut être porteuse de liberté.
Ces amitiés d’adolescentes aux parcours cabossés. Je revois Jodie Foster dans le rôle de Jeanie et Jamie Curie (Annie) dans le film « Foxes » (« Ça plane les filles »).
Une Belle analyse en est faite dans les « Chroniques du Cinéphile Stakhanoviste ».
Le film débutant par ce soleil pointant et révélant à la David Hamilton, leurs corps pubertaires androgynes.
Good morning America, la chanson de Donna Summer « On the radio » en fond musical. Le grand lit et cette chambre bordélique nous révèle la tribu de copines livrées à elle-même, différentes socialement mais unies dans le désarroi et leurs recherches adolescentes dans le San Fernando du début des années 80 où divorce et délires post-soixante huitard y font régner une atmosphère pré-apocalyptique . Et qui finira encore par la mort d’Annie également à la suite d’un crash de voiture.
À croire que le message dans les années 80 et 90 qui était fait aux jeunes femmes n’augurait rien de bon sur le devenir de ces dernières, qui sortant de l’ombre de leur foyer, mari et famille finissent mal comme James Dean dans la « Fureur de vivre » sauf qu’elles ne défient personne et ne recherchent pas leurs limites, mais au contraire expérimentent, recherchent un statut. Adolescentes, jeunes femmes ou femmes libres, libérées, éduquées, par leur existence même, celles-ci étaient fréquemment enfermées dans des rôles de filles ensauvagées, paumées, cramées.
Les Desperate housewives sont passées par là
Dès le moment où elles ne sont plus partenaires de jeux sexuels, SM, fucking friends, où elles ne rencontrent pas Harry, en 9 semaines et demi, avec leurs Basic instincts ou 50 nuances de gris, dès lors qu’il n’y a plus de coucougnettes autour d’elles, elles partent en vrille les pauvres. À l’image de ces patientes histrioniques que Freud calmait à coup de godes…
Elles sont où les Punkie Brewster, ces filles des Années College et autres American Dream que nous vendait les séries telly des années 80 ? Sur Skid row, Only fans, recyclées depuis. En plein unboxing sur leur chaîne d’influenceuse? Non! Mais où sont-elles passées ? Sex and the City date un peu. Les filles des 90’s-millenials ont été noyées littéralement de références dark Harry Potter & sorcières en tout genre. Par pitié pas les trad wives, ça c’est le pompon!
La rivalité, l’identification malsaine et autres inconstances, les copines à mauvaise influence, la fille seule, donc forcément frustrée, celle qui n’a pas d’enfants, la poaùùuvrrre et celle qui en a des enfants et dont on n’en a que faire de ses dernières frasques. Attention à la mémère à chats, c’est toujours plus kawaï au masculin, ce genre de détails personnels.
L’amie, le reflet de soi
Cela peut effectivement l’avoir été. Mais lorsque les vies prennent d’autres tournures, peut-on bénéficier de la même empathie et compréhension lorsque l’on parle de notre ado ou de notre dernière relation, avec une amie célibataire et sans enfant? Cette compréhension qui avait toujours été présente entre elle et vous, semble n’avoir jamais existé.
Trop d’enjeux, trop de positionnements, de cheminements en cours pour apporter aide et soutien.
Et soudain l’amie n’est plus
Celle qui nous comprend, nous soutient devient l’ami-ennemi, qui face à ses limitations, face à ses peurs, ne parle plus un langage d’amour ou d’amitié mais un langage lointain, voire empli de préjugés, qui n’arrive plus à apporter à l’autre du soutien mais exprime à haute-voix des messages de soutien qui lui sont destinés : « Moi heureusement que j’ai mon mec et ma situation » sous entendu : « tu es parent, mais tu n’as pas la chance d’avoir un homme et un salaire mirobolant! »
Misogynie, victime et support du sexisme, rivalité envie & jalousies ? Problèmes personnels et incapacité à se mettre à la place de l’autre? Dépendance affective ?
Amie-ennemie, amie fonctionnelle, amitié envieuse, inégale, que tu excuses encore dans ces ingratitudes et ces vicissitudes, dans tous ces gestes qu’elle n’a pas eu et cette bienveillance qui lui a fait défaut.
Qui te sucre hypocritement et t’utilise, qui t’oublie tout net dès qu’elle refait sa vie. Qui point ne partage tes bonheurs et qui possède énormément de « matériel » te concernant.
Il ne faut pas oublier que l’amitié féminine n’a que peu de références et elle a longtemps semblé n’être que chimères et impossible, son existence même, et ne semble être faite que de rivalité et jalousies cachées.
Les différents parcours de vie offrent aux sista des échanges enrichissants et inspirants, pour autant qu’elles ne participent pas aux discriminations sexistes et n’alimentent des préjugés sociétales et paternalistes en ostracisant leurs sœurs et en participant à la construction des mêmes préjugés et discriminations qu’elles s’époumonent à défendre dans les rues ou à représenter à travers leurs posts Insta ou Facebook, leurs nudges emplis de bonnes injonctions sur le bien vivre-ensemble ou lorsqu’elles s’attristent des violences faites aux femmes mais refusent de participer à la marche du 8 mars car c’est discriminant!!
Ceci explique peut-être cela.
Schadenfreude
C’est fou qu’il y ait un mot de la langue allemande pour exprimer le fait de se réjouir du malheur de quelqu’un.. bon je dérive un peu, revenons en à nos moutons!
Amitié au féminin.
C’est un vrai ode à la libération de la femme que de trouver dans ses pairs le soutien, le respect continuel et indéfectible. Vérité, intérêt sincère et réelle bienveillance.
Se méfier de ces amies qui te sucrent
« Ma chérie », « mon lapin », « ma douce ». Se méfier des gens qui t’affublent de superlatifs au quotidien. Car quand la relation ne va pas dans le sens qu’elles espèrent, ces personnes pleines de petits surnoms tendres, se transforment souvent en personnage haineux et pleine de rage envers toi. Ces dernières qui ne tarissent pas de bons principes dans ce qu’elles estiment être des valeurs d’amitié, se révèlent chargées de haine et prête à te faire les pires des infamies car tu as pris congé d’elles et de leur méchanceté par la même occasion.
L’ayatollah du bien-être
Ces copines qui te percevaient, il y a 20 ans de ça, comme une sorte de hippie et végétarienne de surcroît, fières de ne se déplacer qu’en voiture, de ramener des cargaisons d’habits chinois et de bijoux de piètre qualité, se faisant des vols charters tout compris à Punta Cana et qui carburaient plutôt junk-food et plat réchauffé à chaque sortie de boîte.
Elles ont changé de trend et te rabâchent à longueur de journée que leur impact environnemental est moindre, elles te conseillent quoi manger et se sentent en mission pour sauver les autres, car elles ont fait un stage nutritionnel et maintenant sont à l’écoute de leurs corps et souhaiteraient
répandre la bonne nouvelle, t’élever et t’apprendre la vie. Tu leur dis Fuck.
Dans l’émission « Sororité, la fraternité au féminin » sur France Inter et dans son livre, l’auteure Chloé Delaume définit la sonorité comme une relation horizontale, sans hiérarchie ni droit d’aînesse. Un rapport de femme à femme.
Le terme est ressorti à la faveur de la deuxième vague du féminisme, dans les années 70. À l’époque, certaines militantes veulent montrer un lien entre toutes les femmes, une sorte de condition commune.
Pour Chloé Delaume, le mot sororité n’a pas été réhabilité plus tôt parce que dans les années 80, les femmes devaient d’abord commencer par devenir des chefs, des working girls : « Pendant longtemps, les femmes de pouvoir embrassaient l’éthique, les codes masculins, voire virilistes, et avaient un comportement qui était souvent de la misogynie internalisée. Il y a aussi le fait qu’il y a tellement de générations où les femmes en ont bavé, qu’une fois qu’elles ont du pouvoir, se dire qu’elles vont tendre la main sans que les autres ne passent par les mêmes chemins de croix, c’est problématique. Donc c’est ça qu’il faut dépasser. On peut avoir spontanément de l’empathie et de la sororité, mais quand on est sur un terrain social ou dans le monde du travail, il faut faire un effort conscient. »
